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TDAH et addictions : le lien que personne ne t'explique vraiment


Par Câblés Autrement


Tu connais ce schéma. Tu bois un peu plus que tu ne le voudrais. Ou tu fumes. Ou tu joues. Ou tu passes des heures sur des écrans que tu n'arrives pas à éteindre. Et au fond de toi, tu sais que ça dépasse la simple habitude, mais tu ne comprends pas vraiment pourquoi tu n'arrives pas à t'arrêter alors que tu en as envie.


Si tu as un TDAH, ou si tu te questionnes là-dessus, cet article te concerne probablement.




Les chiffres d'abord


Environ 21 à 23 % des personnes prises en charge pour un trouble de l'usage de substances ont un TDAH. C'est ce que montrent plusieurs méta-analyses récentes, dont celle de Rohner et al. publiée en 2023, portant sur 31 études. Autrement dit, dans une salle d'attente de centre addictologique, environ une personne sur cinq a un TDAH, souvent non diagnostiqué.




Cette surreprésentation n'est pas un hasard. Elle n'est pas non plus une question de morale ou de faiblesse de caractère. Elle a des explications neurologiques précises.


Le cerveau TDAH et la récompense

Tout commence dans le système dopaminergique.

La dopamine est le neuromédiateur de la récompense et de la motivation. Quand tu anticipes quelque chose de plaisant ou que tu l'obtiens, la dopamine est libérée dans certains circuits cérébraux, notamment le circuit mésolimbique, et tu ressens de la satisfaction, de l'élan, de l'envie d'y retourner.


Chez les personnes TDAH, ce système fonctionne différemment. Les travaux de Nora Volkow au NIDA (National Institute on Drug Abuse, États-Unis), basés sur des images TEP du cerveau, ont montré qu'il y a moins de récepteurs et de transporteurs de dopamine actifs dans ces zones de récompense. Le cerveau TDAH est, en quelque sorte, en sous-régime dopaminergique chronique.


Résultat : ce cerveau cherche. Il cherche la stimulation, la nouveauté, l'intensité qui va lui fournir cette dopamine qui ne vient pas naturellement. Et l'alcool, les drogues, le jeu, les écrans sont des raccourcis dopaminergiques puissants et efficaces. Pas par choix conscient. Par mécanique cérébrale.


L'auto-médication : quand tu te soignes sans le savoir



Il y a un concept qui aide à comprendre

beaucoup de trajectoires de vie : l'auto-médication.


Avant d'être diagnostiqués, beaucoup de personnes TDAH trouvent inconsciemment des substances qui les aident à fonctionner. La caféine pour se concentrer. L'alcool pour calmer l'agitation intérieure. Le cannabis pour éteindre le flux de pensées qui ne s'arrête jamais. Les stimulants (cocaïne, MDMA, ect) pour enfin se sentir compétent et à la hauteur pendant quelques heures.


Ce n'est pas une excuse. C'est une réalité clinique. Et la comprendre est la première étape pour en sortir, parce qu'on ne traite pas efficacement une addiction qui masque un TDAH sans traiter les deux.


Le delay discounting : l'ennemi de tes bonnes résolutions

Un autre mécanisme central est ce que les chercheurs appellent le « delay discounting », qu'on pourrait traduire par la dépréciation des récompenses dans le temps.


Chez les personnes TDAH, les bénéfices futurs sont fortement sous-évalués par rapport aux gratifications immédiates. Concrètement : tu sais que boire moins maintenant va améliorer ta santé dans six mois. Mais dans l'instant, le verre est là, et les six mois semblent abstraits et très loin. Le cerveau TDAH choisit presque systématiquement l'immédiat.


Ce n'est pas une question d'intelligence ou de connaissance. Tu peux savoir parfaitement les risques et être quand même incapable de résister. C'est de la neurologie, pas de la volonté défaillante.


Le traitement précoce protège



Voilà une donnée que peu de gens connaissent et qui mériterait d'être beaucoup plus diffusée.


Les personnes qui ont un TDAH et qui sont traitées médicalement tôt ont un risque significativement réduit de développer des troubles de l'usage de substances. Une étude américaine de Quinn et al. publiée dans American Journal of Psychiatry en 2017, portant sur près de trois millions de patients, a montré que les périodes sous médication stimulante étaient associées à une réduction de 35 % du risque d'événements liés aux substances.


Dit autrement : soigner le TDAH ne crée pas l'addiction. Au contraire, il semble la prévenir. Cette réalité détruit l'argument parfois entendu selon lequel prescrire de la Ritaline à un enfant le prépare à la dépendance future.


Ce qui se passe quand les deux coexistent sans être reconnus

Quand une personne souffre d'addiction et de TDAH non diagnostiqué, les deux troubles se nourrissent mutuellement.


L'addiction masque le TDAH (on attribue les difficultés attentionnelles à la consommation). Le TDAH nourrit l'addiction (la dérégulation émotionnelle, l'impulsivité, l'ennui chronique maintiennent les comportements d'usage). Le professionnel de santé qui traite l'addiction sans repérer le TDAH travaille sur la moitié du problème. Et les rechutes sont plus fréquentes.


Les addictions comportementales suivent la même logique : achats impulsifs, jeux d'argent, usage excessif des réseaux sociaux, dépendance aux relations intenses. Ces comportements partagent les mêmes mécanismes de récompense et d'impulsivité, et sont surreprésentés dans la population TDAH.


Où est le manque en France


La filière addictologique française, les CSAPA, les centres hospitaliers spécialisés, font un travail réel et important. Mais le repérage du TDAH dans ces structures reste très insuffisant. Les professionnels ne sont pas toujours formés au diagnostic différentiel TDAH / addiction. Les personnes passent des années en suivi addictologique sans que la question du TDAH soit posée.


C'est un manque systémique. Et il a des conséquences directes sur les taux de rechute, sur la qualité de vie, sur les trajectoires de vie de personnes qui auraient pu être accompagnées différemment.


Ce que fait Câblés Autrement

Câblés Autrement a fait le choix de placer le lien TDAH-addictions au coeur de son accompagnement. Pas parce que c'est tendance. Parce que c'est la réalité vécue d'une grande partie des personnes concernées par le TDAH, et parce que ce lien est quasi inexistant dans les associations existantes.


Nos pair-aidants ne sont pas des addictologues. Ils ne soignent pas. Mais ils comprennent de l'intérieur ce que c'est que de consommer pour tenir, de se retrouver dans des comportements qui t'échappent, et d'en avoir honte sans comprendre d'où ça

vient.


Ce que nous faisons : écoute, partage d'expérience, et orientation vers les professionnels compétents sur les deux dimensions, TDAH et addiction, quand c'est nécessaire.


Parce que mettre des mots sur ce qui se passe, c'est déjà le début de quelque chose.


Câblés Autrement, Montpellier.


On n'est pas câblés comme tout le monde. Et c'est justement pour ça qu'on comprend ceux que personne n'écoute.

 
 
 

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